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- Les noeuds de l'amour
« Une suite d’éloges, de chansonnettes, de chansons à boire en l’honneur
de l’amour…»1… C’est ainsi que Lacan s’empare d’un récit canonique,
éternisé par la tradition humaniste et chrétienne, pieusement recueilli par
Platon auprès des témoins de l’évènement, non moins dévotement transcrit
et recopié par les moines du Moyen Âge, irriguant tout au long des siècles
poésie et littérature.
Lacan ironise : « assemblée de tantouses, réunion de vieilles lopes »2,
nous nous autorisons de son audace : ils étaient six, nous sommes six, et
« chacun traduit l’affaire dans sa corde, dans sa note »3. Lacan sera notre
Diotime, convoquée, citée, vénérée, mais surtout questionnée, car Socrate,
dit Lacan, « ne dit presque rien en son nom »4 : sa méthode, son savoir, la
dialectique, achoppent sur le mystère de l’amour, il s’efface, fait le naïf et
passe la parole à la prêtresse Diotime qui, inspirée par le mythe, va mettre
les apories de l’amour (est-il beau, est-il laid ?), sous le signe de la naissance
d’Eros. À partir de ce récit, inventé par Platon, inspirateur d’oeuvres innombrables,
Lacan trace les deux voies où s’engage notre réflexion sur l’amour.
Celle de la contingence : la rencontre improbable de Poros et de Poenia,
l’inscience des partenaires, qui se cherchent à l’aveugle. Celle de la métaphore,
registre où se déploient tous les dits de l’amour, car elle est le signifiant
de la réciprocité, de ce miracle qu’est la réponse de l’aimé au désir de
l’amant.
Lacan fraye alors un chemin entre Socrate et Diotime, dont il prend le
masque tour à tour : l’amour échappe à la dialectique sans s’exiler dans le
poème, qui, pourtant, le recueille et s’en nourrit depuis toujours. Cette troisième
voie, la nôtre, est celle de la logique, toujours à l’oeuvre au coeur d’un
jeu « dont on ne connaît pas les règles », et qui pourtant engage, pour
chacun, le sens, les joies et les épreuves de sa vie. Ces règles, nous nous
sommes attachés à les débusquer à travers les variations de la Culture, les
changements de Discours
Ainsi, la logique de l’amour est-elle modale : elle se déploie entre la
contingence de la rencontre et la nécessité de la structure, d’une part, entre
le « possible » des amours hors-sexe, et l’impossible du rapport sexuel,
d’autre part. Ce schéma encadre notre parcours ; il nous a permis de
traverser ces « évènements de dire » que sont les figures de l’amour courtois,
chrétien, moderne et post-moderne, aux prises avec le Malaise dans la civilisation,
et les impasses de la notion moderne de sexualité. Nous avons
essayé, à travers nos approches et nos styles respectifs, de nous rejoindre en
ce lieu où le comique – qui s’attache au malentendu de toute rencontre,
« ce n’était pas lui, ce n’était pas elle ! » – se conjugue avec le tragique, la
déréliction où conduisent l’appel du sacrifice, la « maladie de la mort », et
le ravalement de l’amour sous le règne de la marchandise.
Oserons-nous dire que Jean-Claude Milner fut notre Alcibiade ? Son
passage très applaudi dans notre Banquet, trace une voie transversale,
ironique, inédite, provocante : l’amour n’est plus en tête d’affiche, il est pris
en tenaille entre la quête du plaisir et la contrainte du sexe, le trio est conflictuel,
le nouage impossible, les Anciens et les Modernes inventent des stratégies
plus ou moins élégantes, plus ou moins consistantes
Mais chacun doit inventer à son tour, et c’est pourquoi la psychanalyse
est entrée dans la ronde, ronde où Lacan invite Freud, stratège du transfert,
à prendre la main de Socrate. Ainsi le dernier mot est-il à la structure,
en dépit des contingences de l’histoire. Les Anciens n’ont pas erré, dit Lacan,
car ils étaient amoureux de leur inconscient. Il nous est proposé de ne plus
l’être, mais nous devrons errer.
1. Lacan J., Séminaire VIII, Le transfert, Seuil, 1991, p. 57…
2. Ibid., p. 54.
3. Ibid., p. 57
4. Ibid., p. 40
I. PRÉFACE
Pauline Prost : Les noeuds de l’amour
II. 23 NOVEMBRE 2010
Pauline Prost : L’Inconscient s’éteignait dans l’amour
III. 14 DÉCEMBRE 2010
Fabian Fajnwaks : Les hommes peuvent-ils aimer
en tant que tels ?
IV. 25 JANVIER 2011
Clotilde Leguil : L’amour et le malaise dans la civilisation
au XXIe siècle, du mensonge hédoniste
à l’expérience éthique
V. 22 MARS 2011
Damien Guyonnet : Amour et jouissance
La question de l’analyse et de sa fin
VI. 26 AVRIL 2011
Jean-Claude Milner : Le Triple du Plaisir
VII. 24 MAI 2011
Juan Pablo Lucchelli : Amour et changement de discours
VIII. 28 JUIN 2011
Adrian Price : Décocher la flèche : le dire de l’amour
dans la contingence de la rencontre


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